La santé financière des milléniaux :

un appel à l’aide

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Interprétation scientifique

L’arrivée sur le marché du travail des milléniaux (nés entre les années 1980 et 2000) ne se fait pas sans bouleversements. Ils imposent un certain nombre de changements dans les façons de travailler, notamment par leur utilisation accrue des technologies. Ils diffèrent en plusieurs points des générations précédentes : leur style de consommation, qui se fait davantage en ligne, leur plus grande difficulté à séparer vie professionnelle et vie personnelle ainsi que la gestion de leurs finances personnelles. Cette dernière représente une source importante de stress, exacerbée par l’accumulation combinée de dettes d’études et du crédit. Malgré ce stress financier, les milléniaux hésitent souvent à faire appel à de l’aide pour la gestion de leurs finances.

Les organisations ne peuvent désormais plus faire fi du stress financier des milléniaux en raison des effets négatifs sur le bien-être général, la motivation et la performance au travail de ces travailleurs. Mais comment peuvent-elles agir sur le stress financier? Chan et ses collègues (2017) ont cherché à comprendre les raisons pour lesquelles les milléniaux hésitent à aller chercher de l’aide pour gérer leurs finances et comment il est possible pour les organisations de venir en aide aux salariés aux prises avec des soucis financiers.

Conseillers experts

Claudia CHAMPAGNE, professeure agrégée, Université de Sherbrooke

ALEX HÉROUX-MESSIER, bachelier en économie, Université de Sherbrooke

Auteurs

Étienne FOUQUET, auxiliaire de recherche, Université de Sherbrooke

PATRICE DANEAU, auxiliaire de recherche, Université de Sherbrooke

JOSÉE CHARBONNEAU, auxiliaire de recherche, Université de Sherbrooke

Cette initiative a été rendue possible grâce à une collaboration avec l’Université de Sherbrooke.

QU’ENTEND-ON PAR :

Stress financier

Le stress financier concerne la perception de ne pas disposer de ressources personnelles adéquates ou suffisantes pour faire face à ses obligations financières actuelles ou futures. Il s’agit d’un sentiment d’inquiétude et d’incertitude quant à sa santé financière. Si ces sentiments prennent une trop grande ampleur, le stress financier peut devenir excessif et engendrer des problèmes de santé, tels la dépression et des troubles du sommeil, ou diminuer l’engagement et la performance au travail.

Compétences financières et efficacité personnelle

Le sentiment de compétence financière est la perception qu’une personne a de ses propres compétences en matière de finances personnelles, qu’elles soient réelles ou non. Les personnes se percevant comme compétentes financièrement ont un sentiment d’efficacité personnelle élevé et sont donc plus confiantes dans leurs comportements financiers.

Perception des problèmes financiers

Il s’agit de l’importance que les personnes accordent à leurs problèmes financiers. Pour certaines personnes, la perception de bien-être général est grandement influencée par les questions financières alors que, pour d’autres, ces dernières n’y jouent qu’un faible rôle.

Persévérance

Il s’agit du degré d’orientation d’un individu vers ses objectifs et de l’intensité de ses efforts en vue de les atteindre.

Référence complète

Chan, K. K., Huang, E. J. et Lassu, R. A. (2017). Understanding Financially Stressed Millennials’ Hesitancy to Seek Help : Implications for Organizations. Journal of Financial Education, 43(1), 141-160.

Méthode

L’étude a été menée auprès de 488 milléniaux étudiant en administration des affaires, recrutés dans une université de l’ouest des États-Unis. Ils ont répondu à un questionnaire en ligne qui mesurait leurs niveaux de stress financier, d’efficacité et de compétences financières perçues, de problèmes financiers vécus, de persévérance et d’hésitation à aller chercher de l’aide.

L’âge moyen des participants était de 22 ans, et 62,2 % étaient des hommes.

 

Parce qu’il faut toujours interpréter une étude avec prudence

Cette étude a été menée auprès d’étudiants universitaires en administration des affaires aux États-Unis, ce qui représente un biais qu’on ne peut négliger; l’échantillon est composé d’étudiants dans le domaine des affaires. Ainsi, leur perception de leurs propres connaissances financières et l’importance qu’ils accordent à leurs finances personnelles sont susceptibles d’être plus élevées que la population générale. De plus, le questionnaire n’est pas présenté dans l’article scientifique, ce qui ne permet pas d’évaluer la formulation des questions et son incidence potentielle sur la compréhension des questions.

CE QU’IL FAUT RETENIR

Les milléniaux démontrant un plus haut niveau de stress financier sont aussi ceux qui sont les plus réticents à recourir à de l’aide pour la gestion de leurs finances.

Plus leur sentiment de compétence et d’efficacité financière est grand, plus les milléniaux ont tendance à recourir à de l’aide pour la gestion de leurs finances. Corollairement, un sentiment d’efficacité financière faible est lié à une plus grande hésitation à recourir à cette aide, ce qui peut favoriser l’apparition du stress financier ou l’amplifier.

De plus, les milléniaux qui disposent de ressources personnelles adéquates sont plus enclins à développer un sentiment de compétence en autogestion de leurs finances et présentent une plus grande persévérance dans la gestion de leurs finances personnelles.

Que peuvent faire les organisations ?

La première étape devrait être de mesurer et d’évaluer les besoins des salariés en matière de gestion des finances personnelles. En effet, il est possible que le besoin ne soit pas présent. Dans le cas contraire, il sera pertinent de mesurer l’ampleur du problème perçue afin d’ajuster les interventions et la nature de l’aide offerte.

Pour favoriser les comportements de recherche d’aide et réduire le stress financier, les salariés doivent prendre conscience de l’importance d’une saine gestion de leurs finances personnelles et percevoir qu’ils possèdent les connaissances nécessaires pour gérer leurs finances personnelles. Les auteurs de l’étude proposent ainsi un certain nombre de pistes d’action à l’intention des organisations qui souhaiteraient soutenir les milléniaux dans l’adoption de comportements et d’attitudes qui favorisent une meilleure gestion des finances personnelles.

Pistes d’action

Exemples

Mettre en place des programmes favorisant l’acquisition de compétences en gestion des finances personnelles

Offrir des ateliers de formation.

  • Proposer des ateliers de formation visant à renseigner les salariés sur l’aide et les outils techniques offerts pour les appuyer dans la gestion de leurs finances personnelles. Les ateliers de formation peuvent être proposés à l’heure du petit-déjeuner afin de ne pas compromettre les heures de travail.

Mettre à la disposition des salariés des outils favorisant l’éducation financière et le développement de compétences de base en gestion de finances personnelles.

  • Mettre en place une ligne téléphonique à l’intention des salariés qui ont des questions ou qui ont besoin d’être orientés vers des ressources d’aide financière. Si cette solution s’avère trop coûteuse, il peut être envisagé d’établir une collaboration avec des institutions financières qui offrent déjà ce service gratuitement.
  • Transmettre de l’information relative à la gestion des finances personnelles par le biais des communications internes de l’organisation.
  • Offrir des programmes d’aide en gestion des finances aux salariés pour leur apprendre à mieux gérer et rembourser leurs dettes.

Proposer des outils et des formations adaptés aux besoins des salariés.

  • Laisser le soin aux salariés de choisir les sujets sur lesquels ils souhaitent s’informer pour s’outiller, en se basant sur les difficultés qu’ils rencontrent. Par exemple, si la thématique du remboursement des dettes d’études est plus urgente à leurs yeux, il serait préférable d’en traiter en priorité. Ils retireront une plus grande perception de compétence du fait de s’outiller pour régler leurs problèmes réels, ce qui favorisera leur sentiment d’efficacité en finances personnelles et leurs comportements de recherche d’aide.
  • Favoriser la cocréation de solutions (p. ex. : lors d’ateliers, il est important de mettre à profit les différentes idées et expériences des salariés dans la construction de solutions) plutôt que d’opter pour des programmes de formation fixes comportant des solutions uniques.
  • Adapter les offres d’outils et de formation selon les caractéristiques spécifiques aux milléniaux. Par exemple, s’ils ont davantage l’habitude de s’informer en ligne, privilégier les outils Web.

Procéder par interventions de personnes qualifiées dans l’aide financière

Faire appel à des professionnels.

  • Opter pour des interventions effectuées par des personnes hors de l’organisation : les solutions ainsi apportées peuvent parfois paraître plus officielles et efficaces.

Orienter les interventions vers une santé financière durable.

  • Opter pour des interventions visant à éduquer et à fournir une meilleure compréhension de l’épargne et des comportements de saine gestion financière en fixant des objectifs à long terme. Par exemple, si un salarié est aux prises avec une dette étudiante, il est préférable de l’outiller non pas uniquement pour qu’il soit en mesure de rembourser cette dette, mais aussi pour qu’il ait une meilleure capacité à gérer ses dettes futures.

Faire participer les salariés au choix des interventions.

  • Adopter une certaine flexibilité dans les interventions de façon à les adapter au contexte de différents salariés et ainsi offrir des outils ou de l’aide adaptés à leurs besoins.

Traiter la santé financière comme on traite la santé physique des salariés.

  • Considérer la santé financière sur un continuum (degré de santé financière), plutôt que comme un phénomène présent ou absent. Il est préférable d’offrir un soutien continu plutôt que ponctuel.

COMMENTAIRES DE NOS COLLABORATEURS

La mise en place de programmes visant à venir en aide aux salariés peut engendrer des coûts importants pour une organisation, alors qu’il est difficile de prédire leur efficacité et l’atteinte des résultats souhaités. Pour éviter toute dépense inutile, il vaut mieux adapter les actions aux besoins réels des salariés.

Adopter une approche ascendante est recommandée : il est préférable de sonder les salariés afin de comprendre leurs besoins précis et d’adapter les formations et ateliers en fonction de leurs attentes. Cela permettra non seulement d’éviter les dépenses superflues, mais également d’accroître la participation des milléniaux aux activités de formation en plus de favoriser leur sentiment de compétence et d’efficacité personnelle pour la gestion de leurs finances personnelles.

Dans un souci d’efficacité et une volonté de mettre à contribution les milléniaux, pourquoi ne pas solliciter ceux qui auront suivi les formations pour qu’ils coaniment les ateliers avec les experts? Vous vous assurerez ainsi de consolider leurs compétences en matière de gestion des finances personnelles.

Enfin, il peut être avantageux de faire la demande aux prestataires de services d’intégrer les services d’aide à la gestion des finances personnelles dans leur offre. De cette façon, beaucoup d’énergie et de coûts peuvent être épargnés.

POUR CITER CETTE INTERPRÉTATION SCIENTIFIQUE GLOBAL-WATCH

Champagne, C., Héroux-Messier, A., Fouquet, E., Daneau, P., Charbonneau, J. (2018) La santé financière des milléniaux : un appel à l’aide! Interprétation scientifique Global-Watch disponible au www.global-watch.com

POUR CITER L’ARTICLE ORIGINAL DES AUTEURS DE L’ÉTUDE

Chan, K. K., Huang, E. J. et Lassu, R. A. (2017). Understanding Financially Stressed Millennials’ Hesitancy to Seek Help : Implications for Organizations. Journal of Financial Education, 43(1), 141-160.

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