Symptômes physiques et psychologiques du cancer : quand et sur lesquels intervenir ?

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Interprétation scientifique

Des premiers signes d’un cancer jusqu’à la fin de ses traitements, le processus peut être ardu et les défis parfois nombreux. En plus des symptômes physiques, tels que la fatigue et la douleur, s’ajoutent les symptômes psychologiques, souvent sous forme d’anxiété, de dépression, et d’insomnie. Ces symptômes se présentent rarement seuls et interagissent généralement entre eux. Quels symptômes favorisent l’apparition de d’autres au fil du temps?

Cette connaissance permettrait de cibler les symptômes sur lesquels agir, et à quel moment il est préférable de le faire pour prévenir une dégradation de l’état mental et physique des personnes atteintes de cancer.

C’est ce que Trudel-Fitzgerald et collaborateurs (2013) ont tenté de comprendre.

Conseillère experte

Claudia Trudel-Fitzgerald, chercheure régulière à l’École de Santé Publique de Harvard University et Psychologue clinicienne à l’Ordre des Psychologues du Québec

Auteurs

Étienne FOUQUET, auxiliaire de recherche, Université de Sherbrooke

MARIE-ÉLISE LABRECQUE, professionnelle de recherche, Université de Sherbrooke

 

Cette initiative a été rendue possible grâce à une collaboration avec l’Université de Sherbrooke.

QU’ENTEND-ON PAR :

Anxiété

L’anxiété peut se présenter sous plusieurs formes. Elle peut se traduire chez la personne par un sentiment de tension, une présence d’inquiétudes, la crainte du pire pour le futur ou encore la présence de sensations soudaines de panique.

Dépression

La dépression est vécue par une perte de plaisir dans les choses qui étaient auparavant appréciées, accompagnée d’une mauvaise humeur et/ou d’un sentiment de fonctionner au ralenti.

Insomnie

L’insomnie se reconnaît par des difficultés à s’endormir, par des réveils fréquents et/ou prolongés pendant la nuit, ou par un réveil très tôt le matin. Elle se traduit par un manque de sommeil.

Fatigue

La fatigue n’est pas uniquement la conséquence d’un manque de sommeil. On la reconnaît par le sentiment d’être en mauvaise condition physique ou se sentir peu résistant physiquement, d’être fatigué.

Douleur

La douleur dont il est question dans cet article est une douleur physique, c’est-à-dire le fait pour une personne de ressentir un important inconfort ou de la douleur sur n’importe quelle partie de son corps.

Référence complète

Trudel-Fitzgerald, C., Savard, J., et Ivers, H. (2013). Which symptoms come first? Exploration of temporal relationships between cancer-related symptoms over an 18-month period. Annals of Behavioral Medicine, 45(3), 329-337.

Méthode

Pays : Québec, Canada

Recrutement des participants : Les patients ont été recrutés lors de leur rencontre préparatoire à une intervention chirurgicale liée au cancer, soit à l’Hôtel-Dieu de Québec (CHUQ) ou à l’Hôpital du St-Sacrement (CHA), à Québec, au Canada, de 2005 à 2007.

 Nombre de participants : 828

Méthode utilisée : Étude longitudinale qui suivait des patients atteints de cancer du début jusqu’à la fin des traitements (trajectoire des soins). Les participants devaient remplir un questionnaire, et participer à une entrevue téléphonique.

Âge moyen : 56,9 ans

Nombre de femmes : 68,8 %

Principaux types de cancers: cancer du sein chez les femmes; cancer de la prostate chez les hommes.

Que révèlent les résultats de l’étude?

La fatigue et l’anxiété ont le potentiel de prédire l’apparition des symptômes futurs.

1. Le meilleur prédicteur d’un symptôme dans le temps est lui-même!

  • En effet, les niveaux d’anxiété, de dépression, d’insomnie, de fatigue et de douleur vécus à une certaine période prédisent efficacement le niveau de ces mêmes symptômes quelques mois plus tard.

2.La fatigue prédit l’apparition de plusieurs symptômes environ un an après la chirurgie.

  • Le rapport entre la fatigue et l’insomnie peut sembler contre-intuitif. En revanche, les personnes atteintes de cancer, pour contrer les effets de fatigue que les traitements entraînent, peuvent faire des siestes ou s’allonger dans leur lit durant le jour. Bien que cette stratégie soit bénéfique à court terme, elle peut perturber le rythme circadien du sommeil à moyen et long terme.

 

  • La fatigue résultant des traitements contre le cancer apporte généralement une diminution des activités physiques, ce qui peut favoriser l’apparition d’une humeur dépressive. Même chose pour la diminution des contacts sociaux, qui sont souvent réduits dus à la fatigue. Cet isolement social peut aussi contribuer à une humeur triste et une perte d’intérêt associés à la dépression.

 

  • La fatigue peut mener à une diminution de l’activité physique, que ce soit en termes de sports (ex., marche, vélo) ou de mouvements liés aux activités quotidiennes (ex., ménage, jardinage). À moyen et plus long terme, l’inactivité physique peut causer un déconditionnement des muscles, ce qui peut augmenter les douleurs physiques liées à la posture ou à la reprise d’activités physiques dans le futur.

3. L’anxiété prédit efficacement l’insomnie et aussi l’apparition de tous les autres symptômes quelques mois plus tard: la dépression, la fatigue et la douleur.

  • L’agitation psychophysiologique et les pensées catastrophiques (ex., « je ne pourrai jamais faire tout ce que je dois faire au travail demain si je ne dors pas bien » ou « si je ne dors pas bien, j’aurai de terribles effets secondaires après avoir reçu ma chimiothérapie demain ») sont des caractéristiques de l’anxiété. Elles peuvent faire augmenter le temps requis pour s’endormir ou prolonger les éveils nocturnes.

 

  • Il semble que les interventions axées sur les symptômes d’anxiété, lorsqu’elles sont menées tôt dans la trajectoire de soins contre le cancer, peuvent prévenir l’augmentation d’autres symptômes au cours des mois qui suivent. De plus, elles auraient le potentiel de diminuer le risque de développer ou d’aggraver les difficultés de sommeil durant les 18 mois suivant la chirurgie oncologique.

Que peuvent faire les organisations ?

Ce qu’il faut retenir…

Exemples

1. La trajectoire de soins contre le cancer varie de quelques semaines à plusieurs années.

  • En fonction du type et du stade de cancer, les patients reçoivent des traitements oncologiques différents. Pour les cancers non-métastatiques, une chirurgie à visée curative pourra être suivie de traitements de radiothérapie et/ou chimiothérapie dans les mois subséquents. Dans certains cas, des traitements d’hormonothérapie seront aussi initiés et maintenus pendant quelques années.

2. Les symptômes physiques et psychologiques sont, dans la plupart des cas, une réaction normale au diagnostic de cancer et à ses traitements.

  • Recevoir un diagnostic de cancer et débuter des traitements pour traiter la maladie peuvent entre autres générer des inquiétudes, de la tristesse, une perte d’énergie, ou encore des difficultés de sommeil. Ce sont des réactions normales qui constituent un défi pour bien des gens. Cependant, des symptômes sévères et/ou persistants devraient être pris en charge par une aide professionnelle. Notamment dans le contexte où certains symptômes peuvent favoriser le développement d’autres symptômes ultérieurement.

3. Pour les symptômes plus sévères ou persistants, plusieurs ressources existent pour aider les patients à s’adapter à la maladie. Ces ressources sont aussi pertinentes pour les proches (famille, amis, collègues) qui doivent souvent, eux aussi, apprendre à vivre aux côtés d’un être cher ayant le cancer.

  • La psychothérapie, en particulier la thérapie cognitive-comportementale, est reconnue comme efficace pour diminuer les symptômes et aider un patient ou un proche à s’adapter à la maladie. Plusieurs formats sont disponibles, allant des interventions autoadministrées (ex., livre) pour les symptômes moins sévères, à la thérapie de groupe ou individuelle avec un psychologue pour les symptômes plus sévères et persistants. Ces services sont habituellement offerts en centres hospitaliers, sous la prescription d’un médecin, ainsi qu’en cliniques privées. Des organismes communautaires reconnus et crédibles peuvent aussi offrir du soutien de façon ponctuelle aux gens atteints de cancer et leurs proches. Les programmes d’aide aux employés peuvent aussi offrir des ressources intéressantes dans les organisations.

RECOMMANDATION DE NOTRE EXPERT

Le cancer est une maladie qui touche non seulement les individus qui en sont atteints, mais aussi leur entourage personnel et professionnel. Les études indiquent que les individus qui reçoivent du soutien social, que ce soit de la part de membres de la famille, d’amis, ou de collègues au travail, rapportent une meilleure qualité de vie. Il peut s’agir par exemple d’une écoute attentive lorsque le moral n’est pas au rendez-vous, d’une aide pour les tâches ménagères, ou d’une offre de transport pour se rendre à l’hôpital ou au travail.

Des résultats de recherche préliminaires suggèrent par ailleurs que les patients ayant un plus grand réseau social ainsi que ceux ayant des liens positifs et forts avec les membres de leur réseau ont tendance à être plus attentifs aux recommandations médicales et à adopter des habitudes de santé favorables, qui sont des facteurs importants dans la survie à la maladie. Ainsi, l’entourage personnel et professionnel pourrait contribuer à une meilleure qualité et espérance de vie chez les individus atteints du cancer.

 

POUR CITER CETTE INTERPRÉTATION SCIENTIFIQUE GLOBAL-WATCH

Trudel-Fitzgerald, C., Fouquet, E., Labrecque, M.-E. (2019). Symptômes physiques et psychologiques du cancer : quand et sur lesquels intervenir?. Interprétation scientifique Global-Watch disponible au www.global-watch.com

POUR CITER L’ARTICLE ORIGINAL DES AUTEURS DE L’ÉTUDE

Trudel-Fitzgerald, C., Savard, J., et Ivers, H. (2013). Which symptoms come first? Exploration of temporal relationships between cancer-related symptoms over an 18-month period. Annals of Behavioral Medicine, 45(3), 329-337.

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