Une interprétation scientifique Global-Watch rédigée par
Sabrina Pellerin, Doctorante en administration à l’École des sciences de la Gestion de l’Université du Québec à Montréal.
Mise en contexte
Si l’on parle beaucoup de la santé psychologique des travailleurs et des travailleuses non-cadres, on aborde beaucoup moins souvent la santé psychologique de leurs supérieur·es immédiat·es. Principaux vecteurs des attitudes et des comportements de leurs employé·es, les cadres de premier niveau assument un rôle « sandwich » qui les situe entre les orientations stratégiques et les impératifs opérationnels. Ils agissent comme courroies de transmission à l’origine des efforts collectifs de travail.
Or, le niveau de détresse psychologique des cadres de premier niveau (44,2 %) surpasserait celui des cadres intermédiaires (33,7 %) et des cadres supérieurs (30,8 %) (Marchand, 2024). La communauté scientifique n’a pas encore cherché spécifiquement à comprendre pourquoi il en est ainsi : les études actuelles ciblent différents niveaux de gestion de manière non spécifique et utilisent majoritairement des modèles théoriques génériques qui ne permettent pas de cibler les caractéristiques particulières du travail des gestionnaires.
Quelles seraient alors les pistes d’explication possibles à ces statistiques? Il s’agit de la question à laquelle cet article cherchera à répondre. Les principaux résultats d’une thèse doctorale ayant pour objectif la détermination des facteurs de risque spécifiques aux cadres de premier niveau seront exposés. Il sera notamment question de tensions paradoxales et de mécanismes psychologiques les unissant à la détresse psychologique afin de mieux envisager les pistes de solution possibles.
Quand la santé psychologique des cadres s’invite à table…
Les cadres de premier niveau se situent entre les cadres intermédiaires et les employé·es non-cadres dont ils ont la responsabilité (Hales, 2005). Pour rendre compte de la nature particulière de leur emploi, le concept de tensions paradoxales est utilisé afin d’identifier « des éléments contraires et pourtant interreliés qui existent simultanément et qui perdurent » (Smith et Lewis, 2011, p. 382) dans leur rôle.
Il est important de s’intéresser à la détresse psychologique des cadres de premier niveau, un état psychologique pénible qui conjugue des symptômes d’anxiété et de dépression, comme celle-ci pourrait se traduire en comportements de supervision abusive auprès des employé·es, et être préjudiciable pour l’organisation.
La démarche méthodologique derrière les résultats
Les résultats présentés sont le fruit d’une recherche doctorale se déclinant en trois étapes complémentaires:
- La mise en lumière des facteurs de risque spécifiques par une démarche qualitative;
- L’élaboration et la validation des instruments de mesure;
- La vérification d’hypothèses à l’aide de données quantitatives.
Si le devis ne permet pas d’identifier des relations causales, il permet d’établir le panorama des facteurs de risque possibles pour les cadres de premier niveau.
Que révèle l'étude?
- Il existe des tensions paradoxales spécifiques au travail des cadres de premier niveau : elles émergent de la nature particulière de leurs activités.
- Conflit imputabilité-contrôle : Tension associée à la contradiction perçue entre le fait d’être tenu·e responsable des résultats de son unité (performance, situations problématiques) et le fait de ne pas avoir le plein contrôle sur les employé·es (nombre, qualité, comportements, rendement) ni sur les moyens d’action possibles (consignes, contraintes de la direction).
- Conflit de rôle (rôle sandwich) : Tension provenant de l’incapacité perçue à satisfaire les demandes de la direction et des employé·es simultanément, c’est-à-dire de maximiser à la fois la contribution des employé·es (charge de travail excessive, peu de rétributions monétaires) et leur bien-être (charge de travail raisonnable et rétributions monétaires équitables).
- Surcharge de rôle : Tension provenant de la perception d’avoir un trop grand nombre de demandes à satisfaire dans son rôle (gestion de personnel et gestion administrative).
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