Une interprétation scientifique Global-Watch rédigée par
Gabrielle Beaupré, Doctorante en éducation à l’Université du Québec à Montréal.
Le cas d’Emma
Emma a accepté une promotion à un poste de gestion, même si elle a toujours préféré les tâches concrètes sur le terrain. Sur papier, c’était logique : progression de carrière, meilleur salaire, titre valorisant. Mais une fois en poste, elle se sent démotivée, parfois même épuisée. Ce type de décalage entre nos choix professionnels et ce qui nous motive réellement nuit à l’engagement, à la satisfaction et à la santé mentale.
Le cas d’Emma illustre comment certaines pressions nuisent à la cohérence entre aspirations personnelles et parcours professionnel. Au Canada, une personne sur quatre mentionne l’argent comme principale source de motivation au travail1. Or, ce sous-groupe obtient les scores les plus bas en santé mentale. La hausse du coût de la vie rend plus difficile le choix d’un emploi aligné avec ses intérêts et ses valeurs, alors que les mutations du marché du travail (p. ex. : automatisation, intelligence artificielle) augmentent le risque de transitions professionnelles imposées. Ces changements s’accompagnent souvent de stress et de remises en question, aggravant la problématique actuelle de santé psychologique au travail.
Cette étude interprétée montre que la présence attentive aide à mieux se connaître, favorisant des objectifs professionnels authentiques, eux-mêmes associés à une meilleure santé psychologique. En intégrant ces paramètres principaux au travail, les organisations peuvent soutenir la résilience de leurs employés en contexte de transition.
LES DÉTAILS D’UNE MÉTHODE RIGOUREUSE
- Participants : 201 personnes (51 % de femmes, âge moyen de 29 ans) en démarche d’orientation, de recherche d’emploi ou de bilan de carrière.
- Procédure : Trois questionnaires à remplir à des intervalles de 8 semaines, mesurant la motivation, la présence attentive, la connaissance de soi et la santé psychologique.
- Analyse : Analyses de médiation pour étudier de façon temporelle le rôle médiateur de la connaissance de soi dans la relation entre la présence attentive et la motivation.
- Originalité : Contrairement à la majorité des recherches qui portent sur la motivation au travail, cette étude se concentre sur la motivation envers les objectifs professionnels, un aspect central mais encore peu étudié en contexte de transition.
Qu’entend-on par…?
La motivation
La motivation représente les raisons qui poussent une personne à poursuivre un objectif professionnel. Ce n’est donc pas tant l’intensité de la motivation, que sa qualité qui importe. Selon la théorie de l’autodétermination (Deci et Ryan, 2000)2, il existe deux grandes formes de motivation :
- La motivation autonome : parce que l’objectif a du sens pour nous, qu’il nous intéresse ou qu’il reflète nos valeurs.
- La motivation contrôlée : parce qu’on se sent obligé de poursuivre l’objectif, par peur de décevoir, pour nourrir l’égo, pour obtenir une récompense ou pour éviter une punition.
Au travail, la motivation autonome est liée à plus de satisfaction et d’engagement des employés, alors que la motivation contrôlée, elle, augmente les risques de stress et d’épuisement.
La motivation d’Emma
Si Emma accepte une promotion parce qu’elle veut sincèrement contribuer à son équipe et relever un défi qui l’intéresse, sa motivation est autonome. Mais si elle le fait pour plaire à son entourage, éviter la culpabilité ou obtenir un meilleur salaire, sa motivation est contrôlée.
La santé psychologique
La santé psychologique fait référence à l’état mental général d’une personne, incluant à la fois la présence d’affects positifs et l’absence d’affects négatifs.
- Détresse psychologique : symptômes liés à l’anxiété et à la dépression.
- Bien-être subjectif : sentiment global de satisfaction envers sa vie.
La présence attentive
La présence attentive3 désigne la disposition d’une personne à prêter attention à son vécu dans le moment présent, c’est-à-dire ses pensées, ses émotions et ses sensations, avec curiosité et sans jugement. Cette disposition, qui se développe avec la pratique, aide à mieux gérer ses émotions et à diminuer le stress, deux atouts clés dans les périodes d’incertitude et de transition professionnelle.
La connaissance de soi
La connaissance de soi4 fait référence à la capacité à reconnaître et comprendre ses propres pensées, émotions et besoins, à agir de manière cohérente avec ses valeurs et motivations personnelles, et à donner du sens à ses décisions et à ses comportements.
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