Blogue de Global-Watch

Interprétation scientifique - Constamment connecté, incapable de décrocher : comment encadrer l’utilisation des technologies pour favoriser le bien-être au travail

Une interprétation scientifique Global-Watch rédigée par

Pascale Cécire, Candidate au doctorat en psychologie du travail et des organisations à l’Université du Québec à Montréal.


Mise en contexte

Si les technologies de l’information et des communications (TIC) ont rendu possible de décider et quand travailler, elles incitent aussi à travailler partout, tout le temps. Bien que cette connectivité constante puisse donner davantage d’autonomie et de flexibilité, elle confronte également les travailleurs à des difficultés à « décrocher », ce qui peut entraîner des conséquences importantes sur leur bien-être. Dans un contexte d’omniprésence technologique, comment peut-on atténuer les effets néfastes de la connectivité constante?

Le saviez-vous?

Des pays comme la France, l’Italie, l’Espagne se sont dotés de lois régulant la connectivité constante en protégeant le droit à la déconnexion. Au Canada, l’Ontario demeure la seule province ayant légiféré sur le sujet. Au Québec, il revient à la discrétion des employeurs de se doter ou non d’une politique encadrant l’utilisation professionnelle des TIC et le droit à la déconnexion. 


Qu’entend-on par…?

Technologies de l’information et des communications (TIC)

Englobent à la fois les appareils de communication technologiques (p. ex. : téléphones intelligents, ordinateurs, télévisions, tablettes, etc.) et les systèmes ou applications qui s’y rattachent (p. ex. : textos, appels, médias sociaux, etc.). 

Connectivité constante

Réfère à un état dans lequel un employé est toujours connecté au travail, indépendamment de l’heure ou de l’endroit, et qui demeure disponible en permanence pour répondre aux demandes de son emploi par l’utilisation des TIC (p. ex. : en dehors de ses heures de travail, consulter ses notifications sur des plateformes comme Microsoft Teams ou Slack; vérifier, répondre ou envoyer des courriels professionnels; accéder, lire ou travailler sur des documents d’entreprise, etc.). La connectivité constante peut faire en sorte que le stress lié au travail demeure continuellement présent mentalement.

Détachement psychologique

Désigne un état d’esprit caractérisé par l’absence de pensées ou d’activités liées au travail pendant ses temps libres (p. ex. : ne pas réfléchir ou travailler sur des dossiers liés au travail les weekends), et qui s’accompagne d’une sensation de distance psychologique entre le travailleur et son emploi (c.-à-d. avoir le sentiment de « décrocher »). Le détachement psychologique aide à se rétablir du stress lié au travail en permettant une pause temporaire face aux exigences professionnelles.

Gestion des frontières entre la vie personnelle et professionnelle

Se rapporte aux frontières ou ces « limites mentales » qu’un individu met en place entre les différents rôles qu’il joue dans sa vie personnelle et professionnelle (p. ex. : conjoint, parent, collègue, superviseur, etc.) et aux stratégies ou comportements qu’il utilise pour les gérer. La façon de gérer les frontières peut dépendre de la préférence de l’individu pour intégrer ou pour segmenter ses différents domaines de vie. 

Préférences d’intégration

deconnect-graph-1Préférence pour que les aspects de la vie personnelle et professionnelle puissent s’entremêler (p. ex. : répondre aux textos d’un proche pendant les heures de travail).

Préférences de segmentation

deconnect-graph-2Préférence pour que les aspects de la vie personnelle et professionnelle demeurent séparés (p. ex. : désactiver les notifications liées au travail pendant ses temps libres).
Pouvoir gérer ses frontières selon sa préférence, quelle qu’elle soit, favorise une diminution du stress et une augmentation du bien-être au travail.


Que révèlent une étude?

  1. La connectivité constante diminue le bien-être, parce qu’elle entrave la capacité à se détacher psychologiquement du travail.
    C’est à travers la diminution du détachement psychologique que la connectivité constante affecte négativement le bien-être. Puisque la capacité à se détacher psychologiquement est bénéfique pour le bien-être, mais que cette capacité est réduite par la connectivité constante, un tel état a indirectement un effet néfaste sur le bien-être.
  2. Les conséquences négatives de la connectivité constante sur le bien-être sont les mêmes pour ceux qui ont une préférence de segmentation que pour ceux qui préfèrent intégrer.
    On pourrait s’attendre à ce que les conséquences négatives de la connectivité constante sur le bien-être soient moins marquées chez les personnes ayant une préférence d’intégration (vs de segmentation), puisque cette préférence serait, en théorie, plus facile à concilier avec plus de connectivité constante et moins de détachement psychologique. Pourtant, une préférence pour l’intégration n’atténue pas ces conséquences négatives. La connectivité constante est donc tout aussi nuisible au bien-être des « intégrateurs » que des « séparateurs », et le détachement psychologique s’avère tout aussi important et nécessaire, peu importe ses préférences.

De ces trois éléments, c’est la perception que les technologies permettent de remplir son rôle professionnel qui est le plus fortement associée à la connectivité constante, suivie de la visibilité des pratiques de communication des collègues (vs du gestionnaire).

 

 

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